
Tout le monde a su, dans le temps, le
voyage que Diderot fit en
Russie. On prétendit que trine avec plus
d'avidité que d'examen. L'impé-lui, et non l'impératrice, en avait d'abord té- moigné le desir, et qu'il avait engagé le prince Galitzin, son ami, et ministre de Russie à Paris, à parler à cette souveraine de l'empressement avec lequel il irait mettre à ses pieds l'hom- mage de son admiration, de sa reconnaissance et de son respect: qu'elle avait simplement répondu que si M. Diderot faisait le voyage de Saint-Pétersbourg, elle le verrait volontiers; que là-dessus il partit. Du moment où il eut dépassé les frontières de la Russie, il se trouva défrayé de tout. Arrivé à Pétersbourg, il fut reçu et traité à merveille par l'impératrice, aussi charmée de la fécondité et de la chaleur de son imagination, de l'abondance et de la singula- rité de ses idées, qu'elle parut s'amuser du zèle, de la hardiesse et de l'éloquence avec lesquels il prêchait publiquement l'athéisme. Néan- moins quelques vieux courtisans, plus expé- rimentés ou plus faciles à alarme, représentè- rent et persuadèrent à cette souveraine auto- crate, que ce genre de prédication pourrait avoir de fâcheux effets, à la cour surtout, où une jeunesse nombreuse, destinée aux pre- miers postes de l'empire, saisissait cette doc-
ratrice, frappée de la convenance, de la néces-
sité mème d'imposer silence à Diderot sur ces matières, voulut toutefois paraître n'avoir au- cune part aux moyens que l'on emploierait, défendit de faire intervenir l'autorité, mais consentit à ce qu'on annoncât au philosophe français qu'un philosophe russe, savant ma- thématicien, et membre distingué de l'aca- démie, offrait de lui démontrer l'existence de Dieu algébriquement et en pleine cour. Di- derot ayant témoigné qu'il serait bien aise d'entendre une démonstration semblable, à la réalite de laquelle au surplus il ne croyait guère, on prit jour et heure. Le moment étant venu, et en présence de toute la cour, c'est-à- dire des hommes, et principalement des jeu- nes gens, le philosophe russe s'avança grave- ment vers son adversaire, et du ton de la con- viction, lui dit: Monsieur, (a+b)n/z=x; donc Dieu existe: répondez. Diderot, indigné, voulut prouver la nullité et l'ineptie de cette prétendue preuve, mais il ressentit malgré lui l'embarras que produit nécessairement sur nous l'évidence d'une sorte de mystification préparée et concertée: il ne put échapper d'ailleurs à totalité des plai- santeries auxquelles cette scène donna lieu; enfin, inquiet, blessé de cette aventure, à la- quelle Catherine ne pouvait être étranger, il té- moigna le désir de retourner en France. |
Everyone
knew, in time,
the trip that Diderot made to Russia. It was claimed that he, and not the empress, had first
testified to the desire of it, and that he had engaged Prince Galitzin, his friend, and minister from
Russia to Paris, by speaking with this sovereign about the eagerness
with which he
would put at his feet the homage of his admiration, his recognition and
his
respect: that she had simply answered that if Mr. Diderot made the
trip to
Saint-Pétersbourg, she would see it readily; that he left
on this subject. From the moment when he had passed the borders of
Russia, he was defrayed of all. Arrived at
Pétersbourg, he was accepted and treated with wonder by the
empress, so charmed
by the fecundity and heat of his imagination, abundance and
singularity of his
ideas, that she appeared to be amused with the zeal, the boldness and
the eloquence
with which he preached atheism publicly. Nevertheless
some old courtiers, more experienced or easier with alarm, represented
and persuaded to this sovereign autocrat, that this kind of preaching
could have annoying
effects, at the court especially, where many youth, intended for
the first
stations of the empire, seized this doctrine with more greed than of
examination. The empress, struck by convenience, of the
necessity even of imposing silence on Diderot on these matters,
wanted
however to appear not to have any part with the means which one would
employ,
defended to make authority intervene, but granted so that one
announced to the
French philosopher that a Russian philosopher,
scholarly mathematician, and distinguished member of the
academy, offered to show the existence of God
algebraically to him and in full court. Diderot having testified that
it would
be quite easy to hear a similar demonstration, with the reality of
which moreover he scarcely believed, one took day and hour. The moment
having come, and in
the presence of all the court, that is men, and principally of young
people, the Russian
philosopher advanced seriously towards his adversary, and with the tone
of the
conviction, says to him: Sir, Diderot, made indignant, wanted to prove the nullity and the ineptitude of this alleged proof, but he felt in spite of it the embarrassment which necessarily the obviousness of a kind of prepared and concerted mystification produces on us: he could not escape besides with totality from the pleasantries to which this scene gave place; finally, anxious, wounded by this adventure, to which Catherine could not be a stranger, he testified to the desire to return to France. |